Le Canut et les Gones

Le tisserand et ses gamins n'ont pas bougé du plateau de la Croix-Rousse. Ils ne tissent plus désormais, ils cuisinent. Tout le monde prend place dans un décor de brocante surréaliste. Alors que le chef affirme que l'essentiel de son travail se fait le soir, le déjeuner vaut assurément le détour avec ses prix imbattables. À table les gones !

Ce soir c’est soir de match. J’m’installe devant la téloche et j’décapsule ma 16. « On va au resto ? » me demande ma meuf. Je ronchonne, moi qui pensais passer la soirée avec Pierre Ménès... Tant pis pour le multiplex Ligue 1, direction Croix-Rousse où on trouve notre bonheur dans un petit bistrotbrocante au décor rétro. Le chef y propose une cuisine de marché, des plats traditionnels légèrement japonisés à l’aide de quelques ingrédients. Aucun regret, ça valait le coup. Je regarderai une redif !

Entourée d’horloges suspendues, je me sens comme Alice au pays des merveilles. Un lapin blanc vient s’enquérir de mes envies pour le dîner. S’ensuit un festival de couleurs, de textures et de saveurs. Les noms de plats me font rêver: « filet de lieu jaune de ligne, bisque de crevettes grises, pointes d’asperges blanches, gnocchis à la roquette, chou pak choï ». C’est tellement copieux que je ne passe plus la petite porte, qu’importe, je resterais bien des heures. Et tant pis si je suis en retard.

Cher Gone, le fil des saisons tisse la carte de ce bistrot brocante. Pour commencer, le Canut me tricote une caille effilochée. Inutile de broder, c'était divin. Puis vient la pièce maî-tresse : un lapin habilement présenté avec son onctueuse mousseline de brocolis et ses asperges. Soie en sûr, on ne voit pas le temps passer comme semble le rappeler la collection d’horloges cousues au mur. Hâte de revenir, je m’en lèche les bobines d’avance.

L'impressionnante collection d'horloges exposée sur les murs de l'établissement nous rappelle que le temps c'est de l'argent. C'est parfait car ici, on ne perd ni l'un ni l'autre. Bien que les aiguilles aient cessé de courir dans leur cadran, le service n'en est pas moins rapide et rythmé. Pour moi est venu le temps de la dégustation : je ne me presse pas pour finir mon filet de merlu et ses légumes de printemps. Je n'ai pas envie de remettre les pendules à l'heure, c'était très bien comme ça.

Julien est difficile, il aime la cuisine raffinée mais fuit les restaurants guindés. Quand il vient à Lyon, c’est un casse-tête pour en dénicher un qui trouve grâce à ses yeux. Mais, ce soir, j’ai trouvé la perle rare : Le Canut et Les Gones ! Ici, convivialité et cuisine d’exception se marient comme nulle part ailleurs. Difficile de dire ce qu'il a préféré entre les couteaux à la mousse de betterave et le fondant au chocolat mangue fruit de la passion. Une chose est sûre, il reviendra et moi aussi !

Non, le Canut et les Gones n'est pas une usine textile avec des gones attachés aux tables. C’est un petit restaurant de la Croix-Rousse, avec un décor chaleureux et authentique. Les plats sont raffinés et sans fioriture, comme ce gratin d’andouillettes à la moutarde finement réalisé. En fin de compte, le Canut et les Gones c’est un petit atelier d’artisans de talent, chaleureux et ouverts. Ce n’est plus de la soie qui en sort, mais le bon vivre y règne toujours en maître.

J’arrive au restaurant pile à l’heure : mieux vaut ne pas être en retard avec les centaines d’horloges qui vous observent. Je m’attarde devant la carte pour essayer de deviner ce qu'est un thon cuit cru, puis vient le temps des fourchettes et des réjouissances. Là, le temps s’arrête… Je déguste, je savoure, je profite… Pas une minute à perdre, les plats se suivent et ne se ressemblent pas. C’est déjà l’heure du digestif maison et de l’addition. Je n’ai pas vu le temps passer !

Les horloges qui recouvrent les murs ont cessé leur tic-tac : sans faire de la haute couture, le canut tisse une toile de qualité, préférant les matériaux de saison aux bobines importées. Il assemble avec goût sauces et quenelles, découpe habilement le rôti en tendre chiffonnade et y ajoute une touche de légumes mesurée au dé à coudre. Il soigne les finitions en piquant des pralines sur une pâte nue. Il vend son œuvre à prix décent, espérant régaler les gones dans la soie et la bonne humeur.

Les bons moments passent toujours trop vite. Chez le Canut et les Gones, pour remédier à ce mal, les murs sont couverts d’horloges. A chaque bouchée de l’authentique gratin de macaroni je peux m’y raccrocher pour ne pas laisser le temps s’échapper. Malgré tous mes efforts, je me retrouve en un rien de temps à savourer ma tarte aux pralines. Serait-ce déjà la fin ? Pour éviter qu’avec le temps tout s’en aille, je marque ce souvenir d’un RPPP indélébile.


Adresse

  • 29 Rue Belfort
  • 69004 Lyon

Horaires

  • Lundi : Fermé
  • Mardi : 12h-13h30 | 19h30-21h30
  • Mercredi : 12h-13h30 | 19h30-21h30
  • Jeudi : 12h-13h30 | 19h30-21h30
  • Vendredi : 12h-13h30 | 19h30-21h30
  • Samedi : 12h-13h30 | 19h30-21h30
  • Dimanche : Fermé

Indisponible

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